Les préparateurs mentaux face aux violences sexuelles dans le sport

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Violences sexuelles

violences sexuelles dans le sport : les faits

Depuis plusieurs semaines, les faits de violences sexuelles dans le sport et notamment dans le patinage artistique, alimentent l’actualité. Ces faits choquent par leur gravité et leur récurrence. On s’interroge sur le profil des agresseurs et l’omerta qui régnait depuis de nombreuses années. De fait, comme l’a souligné la sociologue Béatrice Barbusse, dans le phénomène des violences sexuelles « tout le monde est responsable ».

Le ministère des sports, les régions, les départements, les municipalités et l’ensemble des pouvoirs politiques sont responsables parce qu’ils ont à leur disposition, depuis presque 10 ans, des rapports d’enquête qui ont décrit minutieusement les maltraitances. Ils ont aussi un ensemble de préconisations et d’outils mais qu’ils n’appliquent pas ou que succinctement.

Qui sont les responsables de ces violences ?

Qui sont les responsables des violences sexuelles ?

Les fédérations et les ligues sont responsables, parce qu’elles ne veulent pas prendre conscience de la gravité des faits. Elles ont tendances à faire les autruches et à considérer que ce sont des cas isolés.

Les clubs sont responsables, parce que lorsqu’ils doivent faire face à des faits de violence dans leur structure leur réflexe est de gérer ça en interne pour « ne surtout pas que ça se sache ».

Les entraineurs sont responsables parce qu’ils sont réfractaires à se former sur ces thématiques et qu’ils ont délaissé leur mission éducative pour privilégier « la médaille ».

Les parents sont responsables parce qu’ils font confiance aveuglément à des entraineurs qui sont censés faire de leurs enfants « des champions ».

Les sportifs sont aussi responsables, car si la plupart des évènement actuels font état de violences verticales, donc d’un adulte envers un mineur, les travaux scientifiques ont montré que les violences dans le sport sont le plus souvent horizontales, soit entre sportifs.

Les journalistes sont responsables, car au regard des questions souvent naïves qu’ils posent sur les plateaux de télévision et de radio, on constate qu’ils n’ont pas vraiment fait leur travail d’investigation. « Quels sports sont les plus touchés ? ». « Est-ce que les filles sont plus victimes que les garçons ? » Etc. Toutes les réponses à ces questions sont disponibles dans la littérature scientifique et les enquêtes nationales et régionales publiés depuis 2008.

Nous sommes responsables car trop souvent nous n’osons pas poser les questions difficiles lors de nos entretiens. Nous n’osons pas non plus prendre le risque de « dénoncer » des agissements pour ne pas se mettre les entraineurs ou des structures à dos.

Quels sont les responsabilités du préparateur mental face aux violences sexuelles ?

En tant qu’experts en psychologie du sport, nous devons être capables de repérer chez un jeune ou un adulte, les comportements symptomatiques des victimes d’agressions sexuelles (1).

accompagner les victimes de violences sexuelles

Nous devons être capable de renvoyer ensuite les victimes vers des psychologues et des intervenants médicaux qui seront à même de les accompagner. Il faut également être capable de repérer un entraineur ou un système malveillant. Nous devons prendre la parole lorsque qu’un entraineur tient des propos inadaptés à des jeunes, lorsqu’il instaure une ambiance hypersexualisée ou qu’il recherche une emprise psychologique sur ses joueurs. Nous devons enfin agir lorsque des athlètes entre eux vont trop loin. Agir lorsque les « jeux d’intégration » (2) ont un caractère violent ou que les sportifs ne respectent pas l’intégrité physique et morale de leurs partenaires d’entrainement.

Surtout, nous devons arrêter de nous taire pour protéger nos places ou pour ne pas perturber un groupe. Inévitablement, dénoncer des faits de violences sexuelles et de discriminations induit une cassure dans un système. C’est couteux émotionnellement et socialement. Mais il en est de notre responsabilité. Le préparateur mental vise l’optimisation des habiletés mentales, mais cette optimisation ne doit se faire que dans un cadre juste et respectueux. Ne commettons pas l’erreur de privilégier la « recherche de performance » au détriment du bien-être et de l’accomplissement des athlètes.

Alors agissons. Entourons-nous de partenaires et d’associations compétentes. Ensemble, rendons au sport sa mission première : l’éducation.

Références

(1) L’association Colosse aux Pieds d’argile décrit les comportements types des victimes de violences sexuelles sur son site internet. Elle décrit aussi très précisément le profil des agresseurs. http://www.colosseauxpiedsdargile.org/victime/.

(2) Rappelons que le bizutage est un délit qui consiste à amener une personne à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants. Par exemple, faire consommer de l’alcool de façon excessive à une personne même si elle est consentante.

A propos de l'auteur

Docteur en psychologie, spécialisé en psychologie du sport et de la santé. Il est notamment l’auteur de « Préparation mentale du sportif » (2017) et « Le bien-être ça se travaille » (2018) aux Editions Vigot. Son approche, basée sur les principes de la Mindfulness et de l’intelligence émotionnelle, propose à chacun d’apprendre à mieux gérer son stress et ses émotions.