L’ego, comment se construit-il ? Ces théories qui expliquent son existence

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Nous allons aborder les théories sur la construction de l’ego. Plus exactement nous allons aborder les théories qui expliquent l’existence de l’ego chez chacun d’entre nous, et son développement plus ou moins important dans le temps. Seront donc mis en relation un ensemble de facteurs d’origine sociale, éducative, culturelle, psychologique mais aussi biologique.

Commençons donc par les théories évolutionnistes. Qu’est-ce qu’aurait bien pu penser Darwin de cette conception de l’ego ?

Ego et Darwin

Partons d’un constat simple, si tout le monde a un ego qui s’active un jour, à des âges plus ou moins variés et à des niveaux plus ou moins intenses, cela signifie que nous avons tous dans notre cerveau un ego prêt à se réveiller. Nous possédons tous une structure « ego ». Pour le dire plus simplement, l’ego est biologique, il se développe comme se développe notre conscience, notre mémoire à long terme ou notre capacité à raisonner.

De fait, on peut facilement en déduire que l’ego n’est pas là par hasard. Il a forcément une utilité. Les bouddhistes qui réfléchissent au fonctionnement de l’ego depuis 2500 ans ont certainement négligé l’importance de l’ego d’un point de vue évolutionniste. La sélection naturelle n’est pas le triomphe du plus fort, comme elle est souvent présentée de façon caricaturale, mais la survie des plus adaptés à leur environnement. En somme, pouvons-nous postuler que l’ego est l’un des éléments de cette capacité d’adaptation ? Certainement. 

L’ego, dans le sens d’égocentrique, permet d’avoir de l’ambition, de réaliser des projets importants, d’être socialement admiré et valorisé. Dans nos sociétés, outre la valeur symbolique que cela attribue, il en découle aussi une certaine richesse amatérielle.

l'ego et Darwin

On peut en déduire que ces hommes égocentriques sont aussi des partenaires recherchés par les femmes parce qu’ils sont censés apporter plus de confort et de défense à leurs progénitures. De plus, nous savons que l’ego, cette fois dans le sens bouddhiste, a tendance à se déclencher lorsque nous sommes en situation de danger, réel ou fictif. Dès que nous nous sentons menacés par quelqu’un, que nous nous sentons jugés, critiqués, notre ego s’agite et nous envoie des messages d’alerte

Ego et dispositions

Parmi les autres facteurs biologiques de l’ego, il y a les prédispositions psychologiques. Dans l’article de la semaine dernière, nous avons abordé ce qu’est l’ego. Nous avons ainsi vu que certaines situations activaient l’ego, qui lui-même activait le mental, soit la machine à créer des pensées. C’est encore pire quand aux pensées activées vont se greffer des émotions telles que la colère, la contrariété, la honte ou l’agressivité. 

Malheureusement, j’ai le regret de vous annoncer que nous ne sommes pas tous égaux dans notre capacité à ressentir les émotions et à créer des pensées. Certains ressentent une palette d’émotions beaucoup plus large que la moyenne, dans de nombreuses situations. Par exemple, tout le monde ne pleure pas devant le film du dimanche soir, tout le monde n’est pas ébahi devant une fleur qui pousse. Tout le monde n’est pas transi devant la virtuosité d’un pianiste ou en empathie avec la terre entière. 

D’autres ont une capacité à penser, élaborer, anticiper, structurer, planifier, raccorder, qui est beaucoup plus grande que la moyenne.

Les premiers sont donc « hypersensibles » et les seconds ont un profil qui se rapproche des « surdoués ». Néanmoins, il est important d’acter que nous ne sommes pas tous égaux dans notre capacité à ressentir les émotions et à penser. Et si je considère ces profils comme des richesses infinies, elles peuvent aussi s’avérer contraignantes, notamment pour les questions relatives à l’ego. En clair, plus vous êtes sensibles, plus vous avez un QI élevé et plus vous avez de chances d’entretenir le mécanisme de l’ego. 

 

l'ego et dispositions

Ego et dys

En complément de cette approche biologique et dispositionnelle, il est pertinent de s’intéresser à ce qui est communément appelé les « troubles dys ». Les troubles dys regroupent les différents troubles de l’apprentissage qui se manifestent chez des enfants qui ont une intelligence et un comportement social normaux mais qui éprouvent des difficultés à apprendre à lire, à écrire, à orthographier, à s’exprimer ou encore à se concentrer. 

En France, presque un enfant sur dix est diagnostiqué avec au moins un trouble dys, sachant que la dyslexie ou la dyscalculie sont fréquemment associées à des troubles de la coordination motrice (dyspraxie) ou de l’attention. En pratique, ces enfants ont un positionnement qui est souvent à l’inverse des « doués », dans la mesure où ils ne comprennent pas pourquoi ils n’y arrivent pas ou pourquoi ils ont besoin de faire plus d’efforts que les autres pour réussir. Ils ont ainsi tendance à se dévaloriser. Bien heureusement, la plupart des troubles des apprentissages sont reconnus par l’encadrement scolaire et on aménage les conditions pour ces élèves (encore faut-il qu’ils soient diagnostiqués). 

l'ego et dys

Néanmoins, il faut rester vigilant car ces conditions peuvent aussi renforcer le sentiment de différence, voire « d’anormalité » chez ces jeunes. Il faut donc valoriser le travail plutôt que le talent. Nous ne sommes pas égaux devant la réussite. Il est important que ces jeunes trouvent leurs talents. Mais il est encore plus important me semble-t-il, qu’ils acceptent leurs non-talents et augmentent leur compétence « goût de l’effort ».

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Ego et blessures

Venons-en maintenant à un autre facteur de renforcement de l’ego, celui des « événements de vie traumatisants ». Cette dimension n’est donc plus d’ordre bio-psychologique mais socio-psychologique. 

Par événements de vie traumatisants, nous faisons généralement référence à toutes les violences physiques, verbales, morales et sexuelles, les accidents, les cambriolages et les vols, les difficultés dans le couple, les abandons, les décès, la confrontation à la maladie pour soi ou pour un proche, etc. Ces événements peuvent être récents, anciens, récurrents ou uniques. Ils peuvent également être prévisibles ou imprévisibles ou même être impactants à un niveau macro-social comme les attentats ou les catastrophes climatiques. Par contre, ce qui compte avant tout n’est pas l’événement en lui-même mais les conséquences qu’il a sur la personne, avec son impact traumatisant. 

Comme pour les enfants souffrant de dys, les répercussions se font d’abord sur l’estime de soi. À long terme, cette estime de soi fragilisée, souvent trop basse dans le cas des victimes de violence, sera en bascule avec leur ego. À la moindre situation de jugement social, la confrontation au regard des autres, à la critique, à la violence de l’environnement, le moindre conflit avec des personnes proches activera les défenses de l’ego. Et ces défenses amènent parfois les victimes à accepter tout et n’importe quoi, y compris la violence d’un conjoint. 

Quoi qu’il en soit, prenez les événements traumatisants avec du sérieux et un certain recul. Car aucun événement ne sera traumatisant de la même façon pour cent personnes. Chacun le ressent avec son vécu et sa capacité de résilience. Retenez que les conséquences sur l’estime de soi et indirectement sur l’ego peuvent être importantes.

Ego et éducation

l'ego et l'education

Mon travail de préparateur mental m’amène à rencontrer beaucoup d’adolescents qui se sont engagés dans un projet sportif ou artistique de haut niveau. Leur ego vient les titiller en match, lors des compétitions, des auditions, et ils n’arrivent plus à jouer comme à l’entraînement. Ils ressentent une forme de pression au résultat, à « bien jouer » ou à « ne pas perdre », qui les bloque totalement dans leur exécution. 

À mon sens, il faut y voir là les conséquences de notre société qui s’intéresse beaucoup trop au résultat. Que ce soit les entraîneurs sportifs, les professeurs de musique, de chant ou bien les parents, tous ont tendance à valoriser le résultat au détriment de l’effort.

Inévitablement, lorsque l’enfant sera confronté à des situations qui nécessiteront un plus gros effort intellectuel ou face à un adversaire plus avancé techniquement, il se sentira en échec ou « moins fort ». De plus, le schéma de pensée des enfants et des adolescents fait qu’ils réduiront souvent ces situations à des échecs. Comme personne n’a appris à ces jeunes les ingrédients de la réussite, qui sont certes un peu de talent mais surtout beaucoup de travail, leur estime de soi en sera incontestablement dévalorisée. 

Trop valoriser les enfants et leur réussite n’est pas non plus conseillé pour le bon développement de l’ego et de l’estime de soi. Alors que faut-il dire ? Simplement tout ce qui va permettre de mettre en avant les efforts accomplis : « Tu peux être fier de toi, tu t’es vraiment beaucoup investi pour ce cours. J’ai vu que tu avais beaucoup travaillé, félicitations . » Et si votre enfant pratique un sport, surtout ne réduisez pas tous ses matchs à « Alors, tu as gagné ? ». Demandez-lui plutôt s’il s’est donné à fond, s’il a respecté les consignes, s’il est fier des efforts qu’il a accomplis, et bien évidemment s’il y a pris plaisir. 

Sachez que les travaux scientifiques de ces trente dernières années sur le développement intellectuel des enfants tendent vers la même conclusion. Les enfants qui sont encouragés sur leurs efforts ont de meilleurs résultats scolaires et cette réussite est également visible à l’âge adulte. Ces enfants ont tendance à voir les échecs comme de nouveaux défis, ils remettent en question leur façon de travailler ou de s’entraîner. Ils apprennent de leurs erreurs et avancent avec une grande agilité intellectuelle. Visez donc l’exigence avec bienveillance.

Ego et confrontation

Parmi les autres sources de construction de l’ego il y a : la confrontation. Par confrontation, j’entends le fait de se confronter ou d’être amené à la comparaison avec d’autres. « Il est meilleur que moi », « Je suis sûr qu’il est plus doué que moi », « Ma soeur est beaucoup plus belle que moi », « Contrairement à moi, elle réussit tout ce qu’elle entreprend », etc. Ce sont toutes ces petites occasions, dans l’enfance encore une fois mais aussi à l’âge adulte, dans lesquelles nous nous positionnons dans une situation de « compétition » avec les autres. Certaines personnes qui sont exclusivement dans l’ego font que leur seule présence vous met en confrontation avec elles. Elles entrent dans la pièce et vous vous sentez plus petit, en danger. 

De fait, l’être humain juge tout le temps. Il ne sert à rien de le nier ou de faire semblant, nous émettons constamment des jugements sur ce que nous voyons, achetons, mangeons. Et bien sûr sur ce que les autres font ! Ce qui donne : c’est bien, c’est beau, c’est mal, c’est insuffisant, et donc, il est meilleur que moi ou il est nul !  La confrontation est donc un élément important de la construction et du maintien de l’ego. À chaque fois que l’on est comparé négativement à d’autres, ou même positivement, notre ego est « piqué ». Il s’agite et vous le maintenez à flot. 

 

Ego et culture

Si vous reprenez l’ensemble des sources de l’ego que nous avons détaillées jusque-là, vous pourrez facilement en tirer la conclusion qu’il existe des cultures, des pays, des groupes sociaux, qui vous amènent à développer votre ego plus que d’autres. 

En effet, ce sont toutes les sociétés/groupes qui mettent ainsi en avant le talent au détriment de l’effort. Les gouvernements qui renforcent le sentiment nationaliste et la comparaison aux autres pays. Les métiers où il existe un attrait pour l’image, le paraître, la médiatisation, le prestige. Les entreprises où la compétition interne est féroce. Les professions où la confrontation à la violence est régulière. Les sociétés où les séparations de classe et de genre sont marquées.

Dans tous ces contextes, sans que ce soit le but recherché ou non, on vous oppose à telle autre personne ou tel autre groupe. On vous met en comparaison, on vous juge et on active votre ego qui va, lui, chercher à savoir si vous êtes mieux ou moins bien que. Nos sociétés occidentales rentrent donc dans ces critères. Les modèles économiques très libéraux et les managements dits de gestion par le stress et/ou la confrontation en sont symptomatiques.

l'ego et la culture

Ego et normalité

l'ego et la normalité

Par « normalité », j’entends « tout ce qui est dans la norme ». On peut parlementer du coup sur ce qu’est « être dans la norme ». Ma réponse est double : c’est à la fois ce qui est statistiquement partagé par +/- 50 % du groupe dans lequel vous vous référez ou (et c’est un peu plus subjectif), ce que le groupe dans lequel vous habitez considère être « la norme ». 

De fait, vous allez vite vous rendre compte qu’il y a bien des occasions d’être en dehors de la norme. Les critères de normalité sont quasi infinis. Ils peuvent être physiques, esthétiques, sociologiques, psychologiques, ethniques, religieux, liés à l’orientation sexuelle, à votre genre, à votre façon de marcher, de manger, votre façon de vous habiller, etc.

Ainsi, en chacun de nous résident plusieurs caractéristiques qui ne sont pas « normales ». Ces caractéristiques sont quelquefois très visibles. Elles peuvent également apparaître comme essentielles dans votre profil (ex : votre hypersensibilité, le haut potentiel intellectuel, avoir des origines nationales/ethniques multiples, les dys) ou bien être des éléments plus secondaires.

Sachez juste qu’à chaque fois que vous ressentez ce sentiment d’anormalité, ou que l’on vous fait comprendre que vous sortez de la norme, votre ego s’agite. Il sort ses défenses et essaie de vous maintenir en vie, pour au moins rester intégré au groupe auquel vous appartenez.

 

Conclusion 

L’ego est un outil de développement de notre conscience humaine. Chacun de nous possède un ego qui va augmenter ou diminuer au grès de nos expériences de vie. Les facteurs qui influencent « la taille » de l’ego sont multiples. Nous avons vu qu’ils dépendaient certes de critères biogénétiques mais aussi de facteurs plus socio-culturels, éducatifs et relationnels. 

En outre, l’ego n’est pas là par hasard. Il a certainement permis notre survie dans l’échelle de l’humanité. La question est donc de savoir s’il est toujours utile pour nous aujourd’hui ?

 

 

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A propos de l'auteur

Docteur en psychologie, spécialisé en psychologie du sport et de la santé. Il est notamment l’auteur de « Préparation mentale du sportif » (2017) et « Le bien-être ça se travaille » (2018) aux Editions Vigot. Son approche, basée sur les principes de la Mindfulness et de l’intelligence émotionnelle, propose à chacun d’apprendre à mieux gérer son stress et ses émotions.