La préparation mentale d’un ancien membre des forces spéciales

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mental avant un saut en terrain hostile

Quand je serai grand je serai militaire…

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être militaire.
J’étais fasciné par ce que je pouvais lire sur le sujet. Quand j’étais en 5° il était possible de trouver une revue qui s’appelait Nam qui relatait l’histoire d’hommes, de combattants souvent jeunes, qui se retrouvaient dans une sale guerre, celle du bourbier vietnamien.
Tout naturellement, dès que j’ai pu je me suis engagé dans l’armée. J’ai même eu l’honneur de faire partie des forces spéciales, cette grande famille qui regroupe ce qui se fait de mieux en termes de savoir-faire militaire et d’équipements.
Mais pour faire partie de cette fratrie, la route est longue et semée d’embûches. Y accéder n’est pas chose facile.
Y rester nécessite de se remettre en question régulièrement. Il faut sans cesse prouver à cette communauté que vous y avez toujours votre place. Je vais essayer de vous présenter quelques situations et les compétences psychologiques que nous travaillons à l’extrême.

La préparation mentale d'un membre des forces spéciales

Dans les forces spéciales

Au sein des forces spéciales, vous flirtez régulièrement avec vos limites physiques et psychiques. Que ce soit lors des formations, lors des entrainements ou lors des missions auxquelles les opérateurs peuvent participer, votre mental est souvent mis à rude épreuve. Il est donc obligatoire d’apprendre à le développer et à le renforcer.

Il est 23:00. Il fait nuit. Vous êtes dans un avion quasiment plongé dans l’obscurité à 4000 mètres d’altitude et vous vous préparez à sauter en chute libre au-dessus d’un territoire hostile (poids total homme + matériel= environ 160Kg).

Julien QuesnoyMembre des forces spéciales & préparateur mental

Un exemple :

Il est 23:00. Il fait nuit. Vous êtes dans un avion quasiment plongé dans l’obscurité à 4000 mètres d’altitude et vous vous préparez à sauter en chute libre au-dessus d’un territoire hostile (poids total homme + matériel= environ 160Kg). Avec vos équipiers, vous vous préparez à effectuer ce grand plongeon vers l’inconnu, l’adrénaline, le cortisol et toutes les hormones du stress coulent dans vos veines. Arrivé au sol, vous savez que vous allez devoir réaliser tout un tas de gestes techniques et mettre en œuvre beaucoup de matériel.
Vous vous déplacez dans un secteur inconnu, dangereux et sur plusieurs kilomètres. Vous devez être en place aux premières lueurs du jour et être en mesure de réaliser la mission pour laquelle vous êtes déployé sur le terrain, conformément au briefing que vous avez reçu… quelques heures avant de monter dans l’avion.

Un peu fou non ?

Gestion du stress et des émotions, concentration, confiance en soi, mémoire, tout y passe. Vous devez maîtriser toutes ces habilités et faire en sorte que votre cerveau annihile toute pensée parasite.

C’est une question de perfection. Sinon vous vous mettez en danger, vous et les membres de votre équipe.
Et votre mission a de grandes chances d’échouer. Très vite, j’ai pris conscience dans ma formation que ma responsabilité individuelle avait d’énormes conséquences collectives et institutionnelles. C’est pourquoi les hommes des forces spéciales sont sélectionnés pour leur capacité à agir dans des conditions extrêmes.

Optimiser le mental

En revanche, quand je suis arrivé dans cette institution, je n’avais pas réalisé tout de suite le besoin de travailler mon mental. J’avais certaines prédispositions et je pensais que cela suffirait. Mais avec le temps je me suis rendu compte qu’il était impossible de tenir sur la durée en étant confronté à de telles situations stressantes, aussi régulièrement.

Après plusieurs années d’engagement, la préparation mentale s’est donc imposée à moi. J’avais besoin d’une aide supplémentaire pour optimiser mon potentiel. De façon instinctive, j’ai commencé à mettre en place des routines d’entrainement. Puis j’ai commencé un travail sur la respiration, car je voyais bien que cela avait un effet immédiat sur ma capacité à gérer le stress et mes émotions. La respiration et la sophrologie m’ont par exemple aidé à « rentrer dans ma bulle » lors des entraînements ou lors des différentes sélections. Noter et relire à voix haute les choses que je devais être en mesure de restituer dans les moments à fort stress m’a bien aidé aussi.

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mental en zone de guerre

Vous êtes le 1er d’une colonne d’assaut, recroquevillé derrière un bouclier pesant une trentaine de kilos et vous devez manœuvrer, non pour vous, mais pour protéger vos équipiers qui doivent en toutes circonstances pouvoir neutraliser un ennemi potentiel. On sait pertinemment que celui-ci tirera dans votre direction.

Vous tenez le bouclier à bout de bras depuis de longues minutes et il y a cette porte devant vous donnant sur une pièce inconnue. Vous savez que vous allez devoir y pénétrer le premier et qu’il y a peut-être un ou plusieurs ennemis à l’intérieur. Ils sont prêts à en découdre et ont peut-être des otages.

Votre cœur bat vite, vos sens sont tous activés à 100 %. Votre corps est prêt à réagir à la moindre sollicitation. Vous êtes totalement focalisé sur l’action. Mais l’attente est longue…
Encore une fois, c’est un peu fou non ? Ici, tout est extrême : la peur, avec l’acceptation de pouvoir mourir à chaque instant, le stress qui met en alerte tout votre corps, l’intuition que ça sent bon, ou pas… Tout est déstabilisant. Tout notre être est suractivé. Il ne faut donc rien laisser au hasard et tenir bon les uns pour les autres. Vous devez rester performant quoi qu’il vous en coûte, pour le bien de votre équipe. C’est la réelle définition du sens du sacrifice.

En conséquence, la plupart de notre temps est consacré à l’entrainement, à la répétition de situations se rapprochant au maximum de la réalité. Nous répétons inlassablement les gestes qui doivent être exécutés avec précision le jour « J ». C’est une forme de conditionnement qui induit un automatisme du geste (comme chez les sportifs) pour ne laisser aucune place au doute. Votre cerveau est pleinement présent, en capacité d’agir, d’analyser la situation et de s’y adapter.

De sorte, tout repose sur la qualité de l’entrainement qui doit être « réaliste » dans la technicité mais aussi dans le stress induit sur vous. A mon sens, lorsque vous commencez à maîtriser les aspects techniques, ces entraînements doivent avant tout vous permettre d’optimiser votre gestion/régulation émotionnelle. En clair, si je devais un jour entraîner des sportifs, et que je souhaitais qu’ils gèrent bien le stress en compétition, je commencerais par les stresser à l’entrainement !

« Entrainement difficile, guerre facile »

Comme vous l’avez compris, dans les missions des forces spéciales les enjeux ne sont pas de gagner ou de perdre un match, mais de sauver des vies. Donc on ne laisse aucune part à l’erreur. La perfection doit être au rendez-vous. C’est pourquoi, les briefings qui précédent les entrainements sont sans pitié.

Lors des formations qui valident l’évolution de chaque commando marine d’opérateur à chef d’équipe, à chef de groupe, etc., une très grande importance est accordée à la qualité des briefings pour la préparation des missions. Chaque opération est préparée (dans la mesure du possible) avec une précision d’horlogerie. Aucune note ne doit être emportée lors des opérations pour éviter toute compromission sur le terrain en cas de capture. On doit tout mémoriser. Pour cela, on s’appuie sur différents canaux d’apprentissage (auditif / visuel / kinesthésique).

Aller en finale comme on part à la guerre ! Avec le sentiment d’être parfaitement préparé.

mental sur le terrain

Par exemple, quand une action sur un bâtiment est prévue, les participants réalisent une maquette pour une meilleure imprégnation du site. L’utilisation de moyens de réalité virtuelle peut être utilisée dans le même objectif. Puis plusieurs répétitions grandeur nature sont effectuées afin de toujours mémoriser et « mécaniser » chaque action. C’est ce que nous appelons le « drill ». Et ça a démontré son efficacité à de nombreuses reprises, depuis de nombreuses années.

De plus, la majorité des membres des forces spéciales ont une très bonne capacité d’imagerie mentale. Ils l’utilisent pour pouvoir visualiser et anticiper les actions qu’ils vont devoir mener. Ils s’appuient sur des plans mais visualisent aussi d’autres éléments environnementaux comme la chaleur, les bruits, les couleurs des paysages, des détails sur un mur, etc. Aujourd’hui quand j’accompagne un sportif dans son entrainement mental, je lui propose également toutes ces techniques. Il est fondamental de préparer parfaitement les compétitions, d’anticiper, de jouer avec ses sens, de mémoriser, de se programmer à n’importe quelle éventualité.

Aller en finale comme on part à la guerre ! Avec le sentiment d’être parfaitement préparé.

Auteur : Julien Quesnoy (azimut-sophro.com)- Préparateur Mental, diplômé de notre école de préparation mentale

Crédit photo : Largo Photographie (https://instagram.com/largo_photographie?igshid=s5n811n0r2rz)

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