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Coronavirus : Le sourire derrière le masque

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le stress à l’hôpital

Le stress est contagieux

Le stress est inhérent à notre profession, à ses responsabilités mais aussi à notre personnalité. Comme l’a décrit Anthony Mette dans un article récent, les infirmiers sont souvent des hypersensibles. De fait, mes nerfs sont mis à rude épreuve depuis quelques semaines ! L’annonce de la fermeture des écoles et des restaurants, puis l’annonce du confinement, n’ont pas été une révélation car je savais que la situation allait l’exiger tôt ou tard. Mais ce fut néanmoins un choc. Un choc psychologique qui vous met face à une réalité qui n’était jusque-là que de l’ordre du « peut-être » ou du « ça va s’arranger ».

Bien évidemment, il en a été de même pour nos patients. Beaucoup ont fait le parallèle avec leur vécu de guerre et les confinements liés aux bombardements. Une dame m’a raconté : « Pendant la guerre nous habitions à Rennes avec mes parents, la ville était bombardée régulièrement… Au son des sirènes nous courions aux abris, puis une fois le danger passée, nous sortions constater les dégâts et la vie reprenait. On savait quand ça arrivait, d’où ça venait et qui nous les envoyait. Vous c’est différent, vous avez entendu la sirène du Président, vous prenez des précautions mais vous ne voyez pas les avions. »

En effet, l’ennemi est invisible. Nous sommes au début du mois d’avril,  chaque jour la presse annonce que les nombres de contamination et de décès augmentent. Pour l’instant, Bordeaux est épargné mais en mars tous les signaux indiquaient qu’une « vague allait nous frapper ». On reste néanmoins sur nos gardes. Il existe comme une vigilance anxiogène qui nous habite chaque jour. Le déconfinement approche mais le coronavirus reste dans toutes les conversations : celles des patients, des soignants, des amis, de la famille, des réseaux sociaux… Le corps n’est pas contaminé mais l’esprit oui.

En somme, nous avons partagé beaucoup d’informations qui entretiennent l’angoisse ces dernières semaines : augmentation des victimes, manque de moyens, situation catastrophique des pays limitrophes. A plusieurs reprises je me suis fait la remarque : c’est étrange comme l’homme a besoin de se conforter dans ce qu’il ressent . Tout le monde  partage son stress et nous nous alimentons en émotions négatives avec les médias.

Et puis il y a les nouvelles vraiment décourageantes, les soignants contaminés sur leur lieu de travail, les véhicules d’infirmiers vandalisés (pour quelques masques), les lettres anonymes, l’ordre infirmier qui nous conseille de vider nos voitures le soir et de dissimuler nos caducées pour « travailler caché ».

Le stress vient, se tait, se diffuse…

le stress à l’hôpital

Alors oui, certains matins, après une mauvaise nuit, je sors de la maison avec mes cernes, mon canif émoussé et des sacs de ciment dans les chaussures, et je vais chez mon premier patient… Dans la voiture, j’écoute de la musique (depuis plusieurs jours j’ai décidé de couper les infos). Les rues sont vides. Je visualise ma matinée, quel patient, dans quel ordre, quels soins, quel horaire, etc.

Je me lave les mains, j’enfile mon masque, je descends de la voiture (comme Zizou « c’est toujours les mêmes gestes ») et c’est parti. A partir de là, je me concentre sur le moment présent, c’est ma technique, je ne regarde ni ma courte nuit ni ce que je dois faire après. J’essaye tant bien que mal de mettre le stress et la fatigue de côté, car je ne suis pas là pour mes problèmes mais pour ceux des patients. La conversation va forcément tourner autour du virus mais mes réponses doivent être teintées de positif.

Quelques nouveautés apparues avec l’épidémie redonnent le sourire : les marques de soutien (applaudissements), de solidarité,  la circulation fluide, le salut des voitures de police, la priorité aux caisses de supermarché, les mots des familles de patients (pour nous remercier de continuer à venir), les gâteaux offerts… Toutes ces attentions m’ont vraiment fait du bien . Je crois que notre profession n’a jamais été autant valorisée .

Par ailleurs, l’épidémie et le confinement ont été une formidable source d’inspiration pour beaucoup. Je me souviens que les messageries se sont enflammées, je recevais des dizaines de messages humoristiques (vidéos, photos, dessins…) par jour. Tout ça m’a énormément servi au quotidien. En tournée, je me servais de mon humour et de ma répartie auprès des patients pour dédramatiser. Mon credo était :  derrière le masque, ils doivent voir mon sourire. Alors je blaguais et blague encore avec eux aujourd’hui, je les taquine, ils sont tous réceptifs et certains surenchérissent. « Si je l’attrapais ce virus ça réglerait bien mes problèmes ». « Allez donc faire un tour aux urgences pour embrasser tout le monde ». La patiente de conclure : « Si je n’avais pas si mal aux jambes, j’irais sur le champ ». Il y a aussi les pragmatiques : « Avec ce qu’il se passe dans les Ehpad, je ne devrais pas trop attendre pour avoir une place ».

Néanmoins, dans la journée il y a toujours un moment de « surtension » (urgences, retard, patients désagréables, coup de fatigue…). Alors je fais une pause dans la voiture. Je reste statique, moteur éteint, musique coupée et je fais un exercice de respiration. Je m’alimente. Je m’hydrate. Je fais le point sur ce qu’il me reste à faire. J’en profite pour appeler l’associée qui travaille ce jour-là. On vide notre sac s’il est trop plein, on blague (toujours). C’est une chance pour un infirmier libéral de pouvoir s’appuyer sur son partenaire de travail, car une des caractéristiques de ce métier reste la solitude.

Enfin, sur le trajet du retour, je coupe tout : musique, téléphone, c’est mon sas de décompression mental. Je sens la tension de la journée redescendre. Je pourrais presque la localiser dans mon ventre, dans mes épaules et mon dos. Elle ne change pas vraiment de position mais elle se diffuse tranquillement. Et si je n’arrive pas à lâcher prise, je peux toujours relativiser, je sais que je ne suis pas au cœur du chaos (Paris, Mulhouse)…

… puis revient

le stress à l’hôpital

Malgré tout ça, et c’est sûrement ce qui définit une période de crise, j’ai l’impression que le stress est toujours en moi. Même quand je suis rentré à la maison, retrouvant mes enfants et ma femme, le stress revient. Je ne peux pas m’empêcher de penser à ce qui va arriver durant la semaine. Tout est tellement incertain et intense émotionnellement. Tout a tellement changé en si peu de temps que je m’accroche à quelques repaires mais ce n’est pas suffisant. Alors il me reste deux armes : le sport et la nourriture !

« Trailer amateur » avant la crise, je sortais trois fois par semaine pour courir, deux sorties pour des exercices spécifiques dont une avec coach et une sortie longue. Au début du confinement, je me suis discipliné à faire du sport à la maison grâce à un ami coach sportif, qui tous les jours, envoyait à ses contacts une vidéo d’exercice à faire dans son salon. Génial !

Néanmoins,  j’ai vite ressenti le besoin de prendre l’air. J’ai organisé quelques sorties par semaine avec mes enfants, dans l’heure et le kilomètre impartis. Chaque jour on se fixait un objectif différent pour progresser et repousser la lassitude d’un décor identique à chaque sortie. Quant au ventre, inutile de vous faire un dessin, je trouve du réconfort dans la cuisine et ma cave à vin !!!

En conclusion, cette période de crise m’a permis de tester ma résistance au stress, qui je trouve est plutôt satisfaisante. En écrivant ces lignes je m’aperçois que je mets beaucoup de choses en place pour gérer mon stress. C’est de la « débrouille » mais ce n’est pas trop mal. Car comme beaucoup, et bien qu’infirmier, je n’ai pas été préparé à vivre une pandémie. De façon générale, les soignants ne sont pas entraînés à la gestion du stress. Nous sommes formés à la gestion de nombreuses situations touchant nos patients mais pas de l’impact qu’elles ont sur notre psychisme.

Pourtant, notre métier est et sera toujours exigeant mentalement. L’épuisement guettait déjà bon nombre d’entre nous avant que débute la lutte contre le COVID19. Le déconfinement se rapproche mais la crise  sanitaire n’est pas encore finie, il va donc falloir veiller à prendre soin de nous pour continuer de prendre soin des autres sans sombrer.

À propos de l’auteur : Je m’appelle Damien Vouaux. Je suis infirmier à domicile depuis 5ans, dans un cabinet composé de 5 associés sur la commune de Bordeaux, quartier Saint-Augustin. Nous prenons en charge 45 patients par jour, répartis sur 2 tournées. Au travers de plusieurs articles, je vais tenter de vous décrire mon quotidien professionnel depuis l’arrivée du Coronavirus…